Un janvier plutôt sec ou triple-sec ?

Des conflits historiques, de la poésie et des bonnes résolutions

Transfert
4 min ⋅ 22/01/2026

L’édito (de Benjamin)

Vous allez recevoir cette newsletter environ aux deux tiers du «Dry January». Un mois entier sans une goutte d'alcool, pour déshabituer son corps, pour réfléchir à sa consommation habituelle, pour mieux commencer l'année. Le concept vient du Royaume-Uni : créé par une association en 2013, il est soutenu depuis plus de dix ans par les pouvoirs publics. En France, c'est avant tout un phénomène social, amplifié par les réseaux sociaux. Le gouvernement s'en tient soigneusement éloigné : les lobbys de l'alcool sont plus forts que ceux de la santé.

Il n'empêche, presque cinq millions de Français·es auraient tenté l'expérience en 2025. Avec plus ou moins de facilité (les premiers jours sont parfois très durs) et plus ou moins de réussite (Sarah vous parlera du sien). Certains diront que ça ne suffit pas, d'autres que l'important c'est d'essayer ; quelques-uns organisent dès le 1er février des soirées avec pour objectif de boire le plus possible, histoire de célébrer la fin d'un mois qui les a torturés

L'alcool est à l'origine de 49.000 décès par an en France, soit presque un mort toutes les dix minutes. Pourtant, on n'arrive pas à s'en défaire. On entend tous les jours «à consommer avec modération», c'est tellement rabâché que c'est devenu une expression, quasiment une locution de la langue française, comme le fut le fameux «sans alcool, la fête est plus folle» avant de devenir totalement ringard. Mais on continue de boire. De trop boire.

Faut-il s'arrêter entièrement ? Faut-il forcer les buveurs à cesser, faut-il les juger, l'alcool doit-il suivre le chemin de la cigarette ? Je doute que la solution soit dans la coercition. Je pense aussi que plaider pour une société 100% sans alcool n'a que peu d'utilité, qu'il faut tenter d'apprendre la modération, que les usages changent déjà, que le quotidien suivra. Le «Dry January» a au moins pour lui de ramener le sujet sur le tapis, alors qu'on a plutôt tendance à essayer de le dissimuler en dessous, avec les poussières que l'on refuse de voir. Pendant un mois, il faut regarder le goulot en face. Et se questionner sur l'importance qu'on veut bien lui laisser.

Et vous, comment se passe votre «Dry January» ?

Le petit plus de Sarah

J'ai essayé de faire le «Dry January» en 2019 et j'ai échoué. Pareil en 2020, 2021, 2022 et 2023. Faut dire que picoler, c'est ma grande passion. Et puis février 2023 arrive et je signe le contrat pour mon deuxième roman Hazel. Problème, si je veux être en librairie à la rentrée littéraire d'août, il faut que je finisse mon texte en avril. Alors, bon, j'arrête de sortir, de boire, je bosse. Avec la ferme intention de fêter la fin de mon manuscrit trois mois plus tard. Le jour J, j'ai très envie d'un verre de blanc, mais à la moitié du verre, je me sens mal. Je n'y retourne pas. 

Août 2023, accoudée au bord d'un piano dans un bar de La Nouvelle-Orléans avec mon mec, j'ai une envie folle d'une vodka glace (ma boisson de prédilection). Alors je bois un verre, deux. Mon goût préféré. Et puis, plus rien. 

Nous sommes en janvier 2026 et je n'ai pas retouché à une goutte d'alcool. Je crois que ça ne me définit plus. Je crois que j'adore me coucher avec les idées claires et ne plus ressentir les effets de la gueule de bois. J'ai peur, aussi, d'être ivre, que ça me rende malade. De ne plus être maîtresse de mes moyens. Tout en l'alcool m'écœure un peu, pour être honnête. Et pour continuer à être honnête, si j'avais su tous les bienfaits d'une vie de sobriété, j'aurais commencé bien plus tôt.

Si vous faites le «Dry January» dans l'espoir de vous donner un élan : tenez bon. Si vous avez besoin d'aide, je conseille l'appli Try Dry. Dans tous les cas, consommez avec modération. Parole d'une ancienne amoureuse de la vodka.


Si vous les avez loupés

Dans le film Slumdog Millionaire (2008), un enfant des bidonvilles de Bombay (Inde), Jamal Malik, connaît un destin hors du commun. Une ascension extraordinaire, entre misère et violence, à force de courage et de persistance.
Azim a grandi en Afghanistan, au milieu des montagnes et sous les rafales des talibans. Une vie de peur et de violence, qui le pousse à suivre un long chemin d'exil jusqu'à la France. Et c'est ici, à des milliers de kilomètres de son enfance, qu'il réussit à retrouver le goût de son pays. Un témoignage dépaysant raconté au micro de Tiphaine Le Marois.
«Le goût du pays», diffusion le 1er janvier 2026.

Laurence sait ce que c'est d'être sexuellement abusée. Alors quand elle rencontre Karine, la nièce de son mari, elle détecte des signes qui ne trompent pas. Dès lors, Laurence va consacrer sa vie à essayer de sauver cette petite fille. Ce témoignage particulièrement éprouvant a été recueilli par Léa Wolber et Jeanne-Marie Desnos. Bien que le courage et la détermination de Laurence forcent l'admiration, ce témoignage n'est pas à mettre dans toutes les oreilles. Cet épisode aborde des sujets sensibles. Ceux-ci sont précisés dans la description sur les plateformes d'écoute.
«Signalements», diffusion le 12 janvier 2026.


Épisodes à venir

On croit souvent avoir tout lu, tout vu, tout entendu des grands événements historiques. Après tout, on en apprend déjà suffisamment à l'école. Mais même sur la Seconde Guerre mondiale, il y a encore des non-dits, des parties de l'histoire qu'on ne connaît pas ou peu.
Quand il était petit, Roger entendait parler d'Auschwitz à la maison. Il ne savait pas ce que c'était, mais ce nom lui faisait peur, sans qu'il ne sache pourquoi. Jusqu'au jour où il a ouvert une boîte à chaussures que lui avait laissé son père. Ce témoignage sur une partie méconnue de la Shoah a été raconté au micro d'Adèle Salmon.
«Fils de», diffusion le 29 janvier 2026.

Pendant la guerre d'Algérie, entre 1954 et 1962, il existait une fraction militaire très spéciale. Les harkis étaient des Algériens musulmans, qui servaient de soldats auxiliaires à l'armée française. Leur rôle était de combattre le Front de libération nationale (FLN). Après l'indépendance de l'Algérie, au moins 100.000 harkis ont été persécutés ou massacrés. Une partie a pu se réfugier en France, dans des conditions difficiles. 

Maya est un fils de harki. Un fils de traître. Il grandit en France, dans une cité à 100 kilomètres de Paris, rejeté par tous, puni pour une guerre qui n'était pas la sienne. Mais à se construire sans fondations, on finit vite par s'écrouler. Il faut alors tout recommencer, parmi les gravats du passé. On reste dans le thème de la transmission avec un épisode tout à fait stupéfiant, recueilli par Ilona Cathelin et Yann Besson.
«Déchiffrer son passé», diffusion le 5 février 2026.


La reco (de Sarah)

Toutes les vies, de Rebeka Warrior, paru le 20 août 2025, Stock.

On connaissait Rebeka Warrior pour sa musique (Sexy Sushi, Mansfield.TYA, Kompromat), pour son militantisme féministe, queer et antiraciste, on la découvre autrice et poétesse avec Toutes les vies. Dans cette autofiction, elle retrace les dernières années passées auprès de sa compagne Pauline, décédée d'un cancer du sein. On parle combat, espoir, désillusion, deuil, souffrance et, au bout du chemin, déconstruction. 

Après des années à être aidante, Rebeka Warrior devient veuve à 39 ans. À mi-chemin entre journal intime et roman résolument punk, on vit, on pleure, on souffre avec la musicienne. Et, quelque part au milieu de tout ça, on la suit dans sa quête de spiritualité. Premier roman, récompensé du prix de Flore 2025. Énorme claque.


Le mot de la fin

Si jamais vous avez déjà pris des bonnes résolutions qui vous ont changé la vie : écrivez-nous à transfert@slate.fr. On serait bien curieux de découvrir ces histoires.

Tenez bon,

Sarah et Benjamin

Transfert

Par Slate France